Étape 2 – Chemilly – Harsault

Nous sommes le dimanche 27 octobre et le froid me tire de mon sommeil.

Pendant la nuit, le feu s’est éteint et la cabane s’est bien refroidie. Je suis incapable de sortir d’un seul centimètre de mon sac de couchage.

Quentin s’est réveillé aussi. Il est plus vaillant que moi. Il se lève et rallume le feu.

Nous avons le temps de nous habiller avant l’arrivée des chasseurs.

Ceux-ci débarquent un par un. Avec eux, arrivent café et brioche.

Chaque chasseur qui arrive serre la main de tout le monde, nous y compris, et sans sembler s’étonner le moins du monde de notre présence.

Ils sont tous très sympathiques et nous intègrent naturellement à leurs conversations.

Ils nous parlent, bien sûr, de la chasse, et du respect de la nature. Ils sont conscients de la mauvaise image dont souffrent les chasseurs – parfois à juste titre – et tiennent à apporter quelques précisions.

« Un chasseur, il est pas con. Il tue pas n’importe quelle bête. Il sait que s’il massacre tout, il n’aura plus rien à chasser l’année prochaine ! »

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Ils savent aussi que la chasse est un loisir en perte de vitesse. Ils font remarquer leur moyenne d’âge : en effet, à part un jeune de notre âge et un chasseur d’une quarantaine d’années qui arrivera après les autres, ils sont tous retraités ou proches de l’être. L’un d’eux a dépassé les 75 ans.

Pour la plupart d’entre eux, le petit déjeûner s’achève par un petit verre de mirabelle. J’y ai droit aussi, mais comme c’est un peu rude de bon matin je la mets dans l’une des mes bouteilles d’eau, qui est vide. Ça me réchauffera en roulant.

Ils partent à la chasse. Nous sommes prêts à démarrer, nous aussi.

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(Les photos illustrant cette étape sont soit de moi, soit de Quentin. Les plus belles sont de lui.)

Nous remballons nos affaires et chargeons nos vélos.

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Aujourd’hui, il ne pleut pas. C’est déjà ça. Mais il fait un froid de canard, et ça semble être parti pour durer.

Quand nous nous apprêtons à démarrer, un ou deux chasseurs moins matinaux que les autres arrivent.

Alors que je dis à Quentin que je n’imaginais pas qu’il ferait si froid et que je regrette de ne pas avoir pris de gants, l’un deux fouille dans sa poche et me tend une paire d’excellents gants de travail, chauds et solides, fourrés à l’intérieur. Ça vient de chez Peugeot, où il travaille.

Cadeau.

Je le remercie.

Comme les autres, il dit qu’il espère qu’on gardera une bonne image des chasseurs.

Je dois bien admettre que jusqu’ici j’avais une image assez caricaturale de la chasse, et que, même si je retrouve chez eux une partie de cette vision, ils ont un côté profondément humain qui mérite d’être souligné. Et en les écoutant parler, je trouve qu’ils ont bien plus de bon sens que beaucoup de citadins – y compris parmi ceux qui se disent écolos.

Nous quittons Chemilly.

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Nous parcourons les derniers mètres de la Trace du Courlis et rejoignons la Véloroute des Rives de Saône.

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La véloroute des Rives de Saône est un maillon de la Véloroute du Téméraire. Ce grand itinéraire, que nous allons suivre jusqu’à Nancy, relie les Flandres à la Bourgogne.

Comme la plupart des véloroutes françaises, la Véloroute du Téméraire n’est pas réalisée à 100%. Loin de là. La suivre consistera donc à profiter des tronçons qui sont réalisés, et à se débrouiller comme on peut partout ailleurs…

Mais justement, c’est un de mes objectifs : voir de mes propres yeux dans quel état d’avancement est cette véloroute.

Pour l’instant, cela commence plutôt bien, avec une magnifique passerelle réalisée par le Conseil Général de la Haute-Saône.

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Nous franchissons et circulons sur un bel aménagement en direction de Port-sur-Saône.

Bel aménagement qui s’arrête à Port-sur-Saône.

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En effet, la véloroute est réalisée vers l’ouest mais pas vers l’est. Ce premier contact avec elle aura donc été de courte durée. Mais je le savais déjà, et avais repéré un itinéraire bis sur des routes tranquilles et des chemins de halage.

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À chaque arrêt, une petite gorgée de mirabelle me réchauffe.

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Notre route est plutôt facile : il suffit de suivre des petites départementales, et parfois des chemins revêtus dans les champs, en restant toujours à proximité de la Saône afin d’éviter tout dénivelé inutile.

Nous traversons Port d’Atelier (dont le nom plaît aux bricoleurs que nous sommes).

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Ensuite, c’est Baulay, Montureux-les-Baulay, Cendrecourt, Ormoy, et enfin Corre.

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À Corre, nous nous arrêtons dans un restaurant, la Marina, car cela nous permettra de manger au chaud. En plus, on ne peut pas dire que les commerces soient nombreux dans le secteur, alors difficile d’imaginer faire des courses un dimanche…

Il y a de très belle choses à voir dans cette région, et notamment pas mal de bâtiments anciens plutôt impressionnants par leur taille : fermes, églises, petits châteaux…

On a le sentiment de traverser une région qui fut riche et prospère mais qui est aujourd’hui quelque peu désertée. Pas mal de grosses fermes sont, par exemple, habitées à une extrémité et en ruine à l’autre, et on croise davantage de C15, de 205 et de 309 que de voitures d’après l’an 2000…

L’architecture ferroviaire et industrielle, ainsi que les ouvrages d’art, sont également bien présents.

Après Corre, notre itinéraire ne suit plus la Saône mais le canal de l’est, toujours sur des petites routes que j’ai repérées. Nous passons à la Basse Vaivre, puis à Selles (de vélo).

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Une paire de chaussures sur la balustrade d’un pont. Comme si quelqu’un avait plongé… ?

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Un marquage au sol plus que douteux. Mais je vous assure que c’est bien un marquage au sol. Normalement, les deux parties ne sont pas si alignées, mais le hasard fait que cela peut se produire…

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Après Selles, j’ai dû me rendre à l’évidence lorsque j’ai préparé l’itinéraire : il n’y a pas la moindre route qui puisse nous convenir sans faire un détour important.

Nous devrons nous contenter du chemin de halage du canal.

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Il n’est pas revêtu, mais recouvert d’herbe et passablement secouant par endroits.

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Nous parcourons environ deux kilomètres dessus et arrivons à l’écluse du Gros Moulin, où se trouve une petite centrale électrique.

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À partir de là, il existe une petite route à peu près parallèle au canal. Mais si elle semblait parallèle et droite sur la carte, elle comporte en réalité une très forte montée.

Cette route marque notre entrée dans le département des Vosges, et donc en Lorraine.

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Nous nous arrêtons dans un village, le Magny, pour prendre de l’eau chez des habitants.

Ceux-ci sont sympathiques, mais il est difficile de discuter avec eux en raison des aboiements continus de leur chien.

Ils trouvent qu’on a du courage d’être à vélo par ce froid, et d’avoir affronté la côte par laquelle nous sommes arrivés.

Après une sympathique descente, nous voici à Fontenoy-le-Château.

En Haute-Saône, nous avons vu beaucoup de beaux bâtiments anciens, et un peu délabrés. Mais ici, nous avons carrément l’impression d’avoir reculé dans le temps.

Jugez plutôt.

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Pas besoin de décors pour tourner un film se déroulant dans les années 50. Il suffit de venir ici.

Il faudra juste faire un peu de rangement dans les boutiques…

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… et enlever quelques voitures un peu trop récentes…

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Ceci dit, c’est plutôt bien d’avoir ainsi conservé une rue dans son état d’époque. Je trouverais carrément dommage de la réaménager.

À la sortie de Fontenoy, nous retrouvons pour la première fois depuis Port-sur-Saône un tronçon de véloroute aménagé.

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L’aménagements est similaire à ce que nous connaissons ailleurs, sur la Via Rhona ou sur notre véloroute entre Besançon et l’Alsace : une voie verte de 3m de large en enrobé lisse, au bord du canal.

Mais cela fait une drôle d’impression de la voir ainsi déserte. Nous y sommes réellement les seuls cyclistes. Certes, la météo y est sans doute pour quelque chose, mais le fait qu’elle démarre au milieu de nulle part, sans aucune grande ville à proximité, doit y contribuer également largement. Sur la notre, entre Besançon et Baume, on y voit des cyclistes même au mois de décembre, pour peu qu’il ne fasse pas trop froid.

Quel dommage de ne pas avoir encore aménagé le tronçon entre ici et Port-sur-Saône, permettant d’atteindre Vesoul. C’est d’autant plus dommage qu’il aurait suffi, dans un premier temps, d’aménager le petit bout de chemin de halage que nous avons pris, et de jalonner le reste de l’itinéraire que nous avons suivi sur des routes tranquilles…

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La journée touche bientôt à sa fin. À proximité de ce panneau se trouve une auberge. Nous hésitons. Ça a l’air fermé.

Nous poursuivons sur la belle véloroute.

Nous avions, dans un premier temps, envisagé de tenter de suivre le canal jusqu’à Épinal car j’ai un ami qui vit là-bas et que je n’ai pas vu depuis longtemps. Mais je n’arrive pas à le joindre, et l’heure tourne. Épinal est encore très loin.

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Nous nous arrêtons à une maison d’éclusier habitée. On nous indique qu’il n’est pas possible de nous accueillir.

Un peu plus loin se trouve une sorte d’ancienne cité ouvrière. Nous nous approchons de la seule maison où nous voyons de la lumière.

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Une dame nous ouvre. Elle semble avoir pitié de nous, « pauvres », « dans le froid », et nous propose sa chambre d’amis. Nous avons trouvé où dormir ce soir, et beaucoup plus facilement qu’hier. Pourtant, il y a beaucoup moins d’habitants ici.

Le début de la soirée me paraît assez long, car la dame ne nous conduit pas à la chambre tout de suite. Nous restons donc dans sa cuisine, avec toutes nos affaires, et la télévision qui diffuse les reportages d’une grande chaîne spécialisée dans le temps de cerveau disponible (sans garantie quant à l’état des cerveaux en question).

Nous pensions que cette dame vivait seule, mais nous rencontrons rapidement son fils, puis sa fille qui rentre du travail, puis un voisin qui passe dire bonjour, puis son autre fille qui vient la voir avec son mari… C’est un va-et-vient permanent.

À chaque nouvelle personne qui entre et s’étonne de notre présence, elle explique « C’est des pauvres ! Ils étaient à vélo dans le froid et cherchaient à dormir chez l’habitant. »

Cela fait sourire car nous ne sommes pas particulièrement plus pauvres qu’elle et tous ces gens qui défilent.

Une chose est sûre : tous ces gens sont fort sympathiques, et tout comme les chasseurs d’hier c’est le genre de rencontre qui fait la richesse humaine d’un voyage à vélo, aussi court soit-il. C’est l’occasion de voir des gens bien différents de ceux que nous fréquentons à Besançon.

Nous sommes finalement invités à manger alors que nous avions précisé que nous avions tout le nécessaire.

Ensuite, c’est un passage par la salle de bains, où je prends mon temps, car il faut bien se décrasser de deux jours de pédalage dans le froid. Suit une nuit réparatrice, dans un lit confortable.

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Dans une vitrine, une réplique de la Mobylette de mon grand père, que j’ai encore chez mes parents.

Bilan :

70 km parcourus aujourd’hui. Nous découvrons la véloroute du Téméraire, et le sommes un peu nous-mêmes, pour affronter le froid, les itinéraires non jalonnés, les chemins de halage non revêtus, la forte côte en arrivant dans les Vosges… et tout cela dans un environnement où nous ne croisons que très peu de monde, et aucun cycliste.

Un problème se pose à nous : hier soir, nous avions tous les deux légèrement mal aux genoux. Et aujourd’hui, cette douleur s’est amplifiée progressivement durant toute la journée. Nous avons sérieusement mal.

Cela nous surprend car nous sommes, l’un comme l’autre, cyclistes quotidiens et habitués des voyages à vélo, et cela ne nous était jamais arrivé. Est-ce le fait de faire de longs trajets dans le froid ? C’est la seule explication qui nous vient à l’esprit.

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2 réponses à Étape 2 – Chemilly – Harsault

  1. Gérald dit :

    Bonsoir.

    J’aime bien lire tes récits. Mal au genoux?
    Quand il fait froid, j’ai très vite mal au genoux aussi. Ça m’arrive régulièrement en ski, je n’y ait jamais trop prêté d’attention car c’est toujours parti une fois au chaud.

    • Adrien dit :

      Nous ne sommes donc pas des cas isolés. Froid et mal aux genoux semblent bien être liés.

      Je pense que ça part plus vite en ski car ce sport ne fait pas travailler les genoux de la même façon que le vélo qui les fait vraiment travailler en continu.

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